mardi 5 avril 2011

Mamma Roma

Pier Paolo Pasolini. 
Le film s'ouvre sur  des épousailles aux airs de Cène biblique. Mamma Roma, prostituée vieillissante, profite du mariage de son souteneur, Carmine, pour lacher le métier et aller chercher Ettore, son fils de seize ans, placé en pension. Elle place en lui ses espoirs de nouvelle vie, loin du morne schéma du passé.  Cherchant à éloigner Ettore d'une campagne synonyme d'inertie sociale, elle pose leurs valises dans un petit appartement de périphérie, et cherche maladroitement à le protéger de vivre. Echec. Dès le début, c'est foutu, par impossibilité de tabula rasa, Carmine revient, la Magnani retrouve le trottoir, l'idée d'une rédemption sociale s'efface. Mamma Roma a menti et Ettore à présent trahit, il ne sera pas serveur dans une trattoria du Trastevere, il joue plutot au délinquant au regard ingénu sur les terrains vagues.


A part cela? Anna Magnani, superbement écrasante, au point d'emporter. J'ai pensé au Vincere d'il y a un an et demi, à l'incomparable énergie que dégage la Magnani et dont j'ai cru percevoir des fragments dans l'interprétation de Giovanna Mezzogiorno. Mamma Roma ne joue pas, jamais, elle rit en chienne, pleure de la voix rauque, crie puis hurle, tend les bras en madone et chaque minuscule muscle frémit à l'instar de notre peau, nous physiquement placés à l'extérieur de l'écran, néanmoins absolument transportés. Une constante pasolinienne: la poésie appliquée au moche et à la cruauté. Les fleurs du mal en quelque sorte, poussière de périphérie romaine et un fond de Vivaldi, laideur ambiante de la via Tiburtina, puis, pour toile dépeinte en noir et blanc, le Parco degli Acquedotti. Les gens, par-dessus tout, leurs poils, les moustaches, la graisse, l'abject intimement melé à l'indéniable beauté des corps. L'absence de couleurs souligne le fardeau du soleil, transforme les terrains vagues en no man's land où s'esquissent, une fois encore, les aqueducs, incomplets, destructurés, morcelés, aussi dépourvus de sens que l'entière histoire de Mamma Roma.


Les traits jouent aux protagonistes. La caméra n'est pas héroïne de film, préférant observer les êtres se mouvoir et exister. L'esquive est d'une finesse telle qu'elle souligne les moindres gestes, détails fixes, regards lancinants, démarches vacillantes. L'action s'embourbe dans une fataliste inertie: force et illusions s'avèrent vaines, le spectateur avance direction la fin, tranchante. Attendue. Reste l'indescriptible air de Vivaldi, puis l'idée que la vie n'a pas besoin d'être sublimée pour constituer une œuvre d'art.

Dernière photographie. Dans ce cas, apte à remplacer mille mots, voire mille cinq cent.