La saveur d'été se prolonge le long des boulevards aux files indiennes de gens pressés.
Malgré la fraîcheur de certaines matinées, je peine à croire que le thermomètre laissera baisser son mercure et que la routine retrouvera son ordre.
Grâce à la fraîcheur de certaines matinées, j'ai une rhino, le nez qui coule, les yeux qui pleurent. Je l'ai chopée dans les couloirs du 27, là où les gens s'arrêtent pour bavarder cinq secondes, expliquer qu'ils sont malades même si à midi il fait 25 à Paris est c'est inexplicable. J'acquiesce, je me dis qu'on est fichus d'enchaîner des exposés aux problématiques aussi complexes qu'obsolètes - et inutiles - mais n'avons pas encore découvert le secret de la rhino alors qu'il fait un septembre d'été.
[Je tiens à préciser qu'entre l'écriture de l'article et sa publication, la rhino est passée, on peut donc me faire la bise normalement]
Le droit administratif me semble hermétique. C'est comme ces films thaïlando-vietnamiens que passent certaines salles d'art et essai, qui montrent sur l'affiche une grenade qui explose devant la statue d'un chameau (et là je laisse libre cours à mon imagination). Par défi, on achète notre billet et on les regarde deux heures durant, avec l'intention de nous montrer ouverts d'esprit. Sauf que c'est aussi énergisant qu'une boîte de Véronal.
La comptabilité, c'est non seulement hermétique, mais également contre-intuitif. D'ailleurs, les deux profs insistent sur le caractère illogique de l'actif et du passif qui se transforment en bilan et les mains se lèvent avec désespoir pour essayer de saisir les définitions de termes aussi foldingues que résultat courant, résultat comptable, résultat financier, résultat exceptionnel et j'en passe pour cause d'ennui profond.
Je râle par jeu et d'ici quelques années il y aura de la tendresse pour les feuilles à l'écriture désordonnée et aux cours intellectuellement obscurs et dans l'essence chiants à mourir. De la tendresse aussi pour les quelques gars à chemise-rentrée-dans-le-pantalon du master Affaires Publiques qui s'habillent au quotidien comme pour l'oral de l'ENA et qui ont le sex-appeal d'un pingouin étranglé par sa cravate. Pour échapper, il reste les parcs et les rêvasseries. Le Luxembourg. Les cafés et les salles de cinéma, et leurs réminiscences sous forme de tickets de caisse/ cinéma qui pourrissent le fond du sac à main et surgissent au moment fatidique où je bloque le passage à quarante personnes en heure de pointe devant le tourniquet du métro car je recherche mon pass Navigo/mon portable/l'ipod/un paquet de mouchoirs et qu'en même temps je ne trouve plus mon portefeuille donc je flippe pour la carte bleue et me demande dramatiquement combien de liquide j'avais dedans. Bref. Le tourniquet passé je me souviens de la beauté parfaite de Melancholia. Des deux heures de fou rire alterné avec quelques larmes de la Guerre est déclarée. Des Bien-aimés que j'ai bien aimé (et mieux encore aimé la personne qui gigotait sur ma gauche). De la dernière séance avec l'Apollonide, aussi somptueux qu'effarant.
Et après l'idée que tout rentre dans la normale, je suis dans le dernier métro, j'ai un exposé pour demain, j'ai rien commencé mais je rentre du cinéma. Nuit blanche en perspective. Il faut trouver ça drôle. Il faut trouver ça drôle.Il faut trouver ça drôle, faire du thé noir et se coucher à quatre heures. La vie étudiante, un grand rêve éveillé.
Il reste un sursis de quelques journées d'été à traîner les squares et à bouder le droit admin, avant que n'arrive l'agaçante pluie glacée d'octobre.