dimanche 31 juillet 2011

Cinéma bis

 Francesco Rosi Lucky Luciano. Les scintillements de Naples la nuit.. Mario Monicelli L'Armata Brancaleone Brancami Leone! Elio Petri Indagine su un cittadino al di sopra di ogni sospetto. Le policier qui n'ira pas en prison. Claude Sautet Vincent, François, Paul et les autres Des histoires d'hommes Elio Petri A ciascuno il suo Le duo Gian Maria Volonté - Irene Papas à couper le souffle. Duo j'ai dit. Florian Henckel von Donnersmarck La Vie des autres Il me manque les mots pour le dire. Mona Achache Le Hérisson  Paloma et Renée, des chats et du thé, quasiment de quoi égaler l'Elégance du. Quasiment. Wong Kar-wai In the mood for love Des histoires de palier, d'amour et d'honneur sur une très belle musique et un bruit de talons-aiguille.

Naples

L'arrivée à la Stazione Garibaldi est désordonnée, les gens se bousculent quelque peu dans les wagons et les valises dévalent à moitié l'escalier. Le foisonnement est tout similaire à celui qui définit Roma Termini, continué sur la piazza Garibaldi, en chantier et dans l'agglomération d'autobus. On dirait que les véhicules visent à s'encastrer dans le trottoir en bousculant les marchants à la sauvette. Nous pouvons difficilement soupçonner l'existence du contrôleur avant son arrivée. Il n'y a plus qu'à quitter l'autobus, en panique. 
Naples, c'est cela, et bien plus encore. Un lieu en principe stressant, mais qui réserve bien des enchantements. Je m'étais fait la même remarque en octobre dernier.

Le port se présente sous la forme d'un terrain asphalté couvert de conteneurs. Les grands bateaux de croisière toisent le rivage bétonné et les nombreux intrépides déterminés à s'aventurer à Capri, Ischia ou sur la petite île Procida. Non pas que la traversée présente un quelconque danger, mais les compagnies maritimes locales - toutes privées! - ont pour habitude d'organiser plus d'allers que de retours, opération nuit de rêve sur une île de rêve, avec, à la clé, des dizaines de touristes en furie prêts à faire un procès à la mafia locale, mais qui finissent quand même par remplir les hôtels du coin, parce que voyons, il faut bien dormir quelque part. Mais ceci est une autre histoire.

Au centre de Naples, devant le Castello Nuovo , se trouve un énorme chantier. Il faut l'enjamber, puis supporter l'hystérie des klaxons pour atteindre l'imposante bâtisse. La visite guidée est brève, on nous largue vite fait sur une terrasse pour prendre des photographies.  Au-delà, les coupoles de la vieille ville, paysage à moitié gâché par l'imposant hôtel Ambassador, vingt étages et baies vitrées.


 La ville est un paradoxe absolu, d'une beauté en permanence annulée; la vue du quartier Santa Lucia serait parfaite, parfaite, sans les déchets qui peuplent la minuscule plage et ses rochers, garder juste les petites barques colorées et le violet de vingt heures. 



La dernière fois le somptueux des églises, les bouts de marbre qui dessinent des lignes escargots, et les chérubins aux airs niais, suspendus aux parois. Le propre du baroque, c'est de prendre, aspirant à occuper l'intégralité de l'espace mental. Ca place d'emblée dans la contemplation. Parfois l'excès lasse, provoquant un juste élan d'indifférence. Souvent, les dorures ébahissant. J'ai appris à aimer le dépouillement des cathédrales gothiques à Rome, c'est un peu fou. 

On traîne dans le bordel auquel je me suis terriblement habituée. Parfois, on tombe sur une merveille dissimulée, une vaste place à palmiers et superbes (bien que mal entretenus) édifices ocre) ou plus simplement sur un dessin original réalisé par la grâce d'un pochoir. Les pizzas sont divines, tout le monde le sait. Les meilleures se trouvent al Presidente, près du Duomo, ou au fameux - et fabuleux - Da Michela. Il faut y retirer un ticket et faire la queue une heure et demi durant pour goûter la merveille. Sur la façade, une photographie de Julia Roberts avec le cuisinier: c'est la pizzeria du "Mangia, prega, ama" . On s'enfonce dans la spirale de ruelles. Les bâtiments sont très beaux mais absolument délaissés, abîmés par la pollution. Je songe à toutes les histoires folles que mes connaissances italiennes ont pu me raconter sur Naples, éviter à tout prix le quartier espagnol, évidemment, ne pas traîner seul dans le quartier de la gare, bon, j'ai compris. La vérité c'est que je m'y sentirais difficilement en sécurité seule. En dehors de la tradition aussi italienne que masculine qui consiste à dévisager tout élément vivant ressemblant de près ou de loin à une femme, d'en scruter la taille des seins et des fesses (et malheur à celle qui a osé enfiler son short par 30°C)  puis de la déshabiller d'un regard entendu, il y a autre chose qui m'y met mal à l'aise, comme l'impression que personne ne me viendrait en aide en cas d'ennui, parce que les ennuis, c'est la norme du coin. Je n'ai pas envie de généraliser à partir d'un ressenti, surtout parce que tous (et j'insiste là-dessus) les Italiens du sud que j'ai eu la chance de connaître m'ont systématiquement adoptée et traitée avec une gentillesse et une générosité exemplaires. Néanmoins, dans Naples même, c'est différent, il y a des airs de jungle urbaine poussiéreuse et ensoleillée. 

Pour quitter l'ambiance, il reste le Castello Sant Elmo, hissé sur les hauteurs du quartier San Martino (et quand je parle de "hauteurs" je mesure mes mots.), le coin résidentiel un brin huppé. Et à Sant Elmo c'est parfait. Parfait de cette infinité d'édifices qui surgissent, superposés, supercollés, en pierre ou en béton, et qui surplombent encore ce grand drap bleu. De là où haut, la ville a l'air d'une miniature. Parfait du Vésuve de l'arrière-plan, masse grise qui crépite imperceptiblement, continué par un nuage aux airs de vapeur. Plus tard, j'irai.Un jour.
En dehors de cela, prendre le bateau aller pour Ischia, c'est éminemment chouette. La mer d'Ischia, une scène pour le ballet des yachts. L'île m'a un brin déçue, trop encombrée par la foule de touristes. Plus loin sur la route, des centaines de résidences secondaires dissimulées par la végétation luxuriante et le silence des après-midis d'été. Seuls les grillons le troublent. La mer est accessible en bas du Castello aragonese. Nous longeons les plages privées, les genoux dans l'eau, les shorts trempés, essayant désespérément de maintenir les appareils photos et portefeuilles loin de l'eau. 

Naples alors que le bateau quitte le port


Pour rentrer à Naples, c'est comme dans Monte - Cristo,  il faut attendre et espérer. Enfin, après des crises françaises contre l'overbooking "QUOI-LE-PROCHAIN-BATEAU-DEMAIN-5h?!?!?!MI STA PRENDENDO IN GIRO, CAZZO! Pourtant Naples c'est en Europe quoi?! Et notre bateau réservé pour 17h?!" Pas de bateau.


Pas de bateau. Sur la petite place où commence la rue commerçante, une trentaine d'étrangers blasés, qui tirent la même tronche qu'après l'enterrement de leur grande-tante, se consolent avec des glaces. La nuit à Ischia n'était pas prévue. C'est à se demander si le glacier est de mèche avec les compagnies maritimes.
Nous nous engouffrons à beaucoup trop sur le bateau de 19h. Pour échapper aux coups de pieds d'une morveuse de quatre ans assise derrière moi, et qui a décidé de jouer au cheval sur le dossier de mon siège, je file à l'arrière du bateau. La beauté des îles dans le crépuscule transforme les mésaventures en anecdotes. C'est fou combien les instants seront associés aux images, combien la mémoire triera, filtrera, fera ressurgir certaines choses très pures et très exceptionnelles dans la banalité du quotidien. C'était pourtant la première fois que je me sentais révoltée, agacée par cette désorganisation et cette tendance à l'arnaque. Ça ne tenait plus de l'anecdote. Et maintenant, cela fait juste deux semaines, et je me souviens exclusivement de l'impression de liberté, et j'espère encore et encore entendre le vacarme du bateau, ressentir sur mes joues le courant dû à son avancement vers le port de Naples.

vendredi 29 juillet 2011

samedi 23 juillet 2011

Cinecittà


"La prima volta che ho udito questo nome, Cinecitta, ho percepito che quella era la citta dove avrei voluto abitare e che avrebbe fatto parte della mia vita. La citta delle attrici, delle dive. Una dimensione fatta, un sogno da batticuore."
Federico Fellini


Giulietta Masina, Federico Fellini et ... Oscar
Cela se trouve au bout de la ligne de métro A direction Anagnina, station éponyme, trottoir désert que longent à grande vitesse les voitures. Le panneau d'entrée est austère, la visite guidée se prolonge une heure durant; on nous présente les décors de Gangs of New York et de Rome, une série américaine récemment diffusée. Vous comprenez, l'incendie de 2007 a détruit un dixième des studios. Les clics sur appareil photo se déclenchent, l'ouverture du lieu étant exceptionnelle, réduite à quelques mois. Il y a pourtant quelque chose de triste, entre la chaleur de presque midi qui s'empare des colonnes en carton, les fausses mosaïques parfaitement constituées, et le désert ambiant, ce grand terrain vague peuplé de bric-à-broc. On peut difficilement soupçonner que le passé a été fascinant.
Quelques bribes de Gangs of New York...
... et un faux arc de Constantin pour Rome
Et pourtant, dès l'entrée dans la salle d'exposition, j'ai éprouvé de l'émerveillement, la même sensation d'envie de contempler ressentie au Musée du Cinéma de Berlin, lorsque j'avais passé des heures à me laisser surprendre par les scènes noir et blanc de Métropolis, par les extraits de Fritz Lang et les robes de Marlene Dietrich.
Cinecittà. Cela reprenait tout à coup mon amour pour le cinéma italien; en quelques projections  d'images sur le sol les films revenaient, un par un, accompagnés, une fois encore, du contexte dans lesquels je les avais visionnés. Condensés en quelques salles d'exposition, Death in Venice, et le souvenir que je pense impérissable d'un des plus beaux films de ma vie, des parapluies blancs courbés sur les plages du Lido, Aschenbach progressivement décrépit car diminué par la beauté parfaite de Tadzio, et, partout ces éclat de vulgaire brisant l'harmonie quasi totale du cadre, des rires dégueulasses que le compositeur ne saisit pas à sa dernière tentative de lutter contre la vieillesse qui prend à travers un maquillage grotesque, un maquillage d'opéra. La cinquième symphonie de Gustav Mahler accompagne les bateaux qui tanguent, les images des coupoles tremblotent au doux rythme des vagues et, derrière, le crépuscule sous forme de toile rosée. 
Des photographies. Ludwig ou le crépuscule des dieux, retraçant l'histoire de Louis II de Bavière, le roi fou et l'ambivalent Helmut Berger, protagoniste, Romy Schneider au paroxysme de sa féminité, acceptant de réincarner Elisabeth de Bavière mais à jamais coupée de Sissi l'ingénue. Le piano qui épouse le paysages excessivement enneigés dans le bleuté de l'aube et les visages découpés par la transparence de la lumière.

Dans un registre absolument différent, la Dolce vita et l'irrésistible et futile Marcello. La via Veneto, rue des autobus 62, 63, 630, 80, 53 a entièrement été reconstituée à Cinecittà. Le Café de Paris ne veut plus rien dire aujourd'hui. Ils ont même ouvert un Caffè Dolce Vita à deux pas du Marriott. Emma abandonnée en bord de route, la nuit. Le final, sur les cancelli d'Ostia, Marcello, après une nuit de débauche, aperçoit, loin de lui, la jeune fille rencontrée quelques journées auparavant, et lance, face au signes frénétiques, "Je ne comprends pas, on entend rien."
Qu'entend-on encore, à Cinecittà? Les vagues décors filent une sensation d'amertume et de démodé. Les photographies font encore et toujours rêver. La Magnani est plus belle encore sur les images en noir et blanc. L'exposition montre la robe de Silvana Mangano, celle d'Anita Ekberg dans la fameuse scène de Trevi. Les visiteurs ne sont pas venus pour rien.

La robe de Silvana Mangano dans Mort a Venise (au milieu)...en haut a droite les habits de Michel Piccoli dans le recent Habemus Papam....


...et la fameuse tenue d'Anita Ekberg dans la Dolce Vita
 Dans ma tête, c'est le défilé de nuits passées en cinéma italien, les nuits où le sommeil arrive, mais il manque une scène, il me faut encore une scène, comprendre ce qui arrivera. Quand c'est un livre, on dit encore une page. Fellini, lui, disait "qu'il n'y a pas de fin. Il n'y a pas de début. Il n'y a que la passion infinie de la vie."

jeudi 21 juillet 2011

Florence

J'ai une fâcheuse tendance à modifier mes souvenirs, associant très facilement voyages et anecdotes à certains états d'esprit qui ont marqué les périodes de ma vie. Ca doit être assez commun, comme attitude. Florence, ma première fois en Italie, voyage scolaire au lycée, l'autobus s'arrête Piazza Santa Maria Novella, le groupe s'encombre et se bouscule. Nous sommes en janvier et il fait extrêmement beau et extrêmement froid, et l'église bleue et blanche qui se trouve sur la place rectangulaire est très jolie sous l'effet de la lumière et nous prenons tous frénétiquement en photo les édifices environnants. Plus tard, quand je voyagerai, j'y retournerai. J'y retournerai.
Santa Maria Novella

J'y suis en effet retournée avec L., deux ans à la suite. Le voyage avait été décidé à l'improviste, quatre journées auparavant, ce serait l'Italie, bon, première étape, Florence, parce que le billet de bus est le moins cher. Nous étions fières et ridicules. C'était fantastique de fantasmer sur la douceur des soirées d'été, parfumées de liberté depuis Paris où nous bernions nos parents avec des histoires de voyage organisé. C'est fou combien ces instants me semblent être d'un autre univers, combien j'étais une autre, plus impressionnable, plus imprudente aussi, alors que si peu de temps est passé. Je commence à prévoir l'accumulation des années. Effarante. 


Il y a deux semaines, Florence élégante et ensoleillée débordait encore une fois de touristes japonais aux parapluies antibronzage  et aux appareils photo enfoncés dans les poches ainsi que de familles enclines à provoquer des embouteillages sur le charmant Ponte Vecchio. L'idée était d'immortaliser des images de leurs sourires, avec, pour fond, le Ponte Santa Trinità, peut-être le Ponte alla Carraia, mais par-dessus tout, l'Arno. Des files d'individus munis de guides touristiques essayaient d'en apprendre plus sur la biographie du Caravage, en attendant d'acquérir un précieux billet pour la Galerie des Offices. Le bruit d'ensemble se faisait dérangeant aux heures éreintantes des après-midis de juillet mais l'animation redevenait douce en début de soirée, lorsque la température s'abaissait et qu'un petit vent venu de je ne sais où chatouillait quelque peu. Au milieu de tout cela, j'essayais de retrouver quelque chose de plus que la sensation de l'agréable, c'est à dire mon tas d'envies d'il y a deux ans, je me souvenais que le samedi soir, nous étions tombées sur une projection de la Divine Comédie reprise sous forme d'opéra sur la superbe façade de Santa Maria della Novella. Les détails, intimes, personnels, le téléphone qui sonne, le désir d'un jour parler l'italien. Sa beauté m'était d'autant plus perceptible que je n'avais, jusqu'alors, fait que l'étudier en cours. Les mots s'embourbaient, chiasa ou chiesa, comment dit-on? le désir oublié, me voilà trop occupée à le parler.
Piazza della Signoria

Duomo



Ponte Vecchio
J'y ai retrouvé cette imperceptible distinction qui constitue le très bel aspect tout comme le principal défaut de Florence; l'impression de pénétrer dans une vitrine bien mise en scène, dans laquelle il ne peut rien advenir de mal, vitrine qu'il faut parcourir, photographier, avant de quitter, parce que, comment dire, il y a une difficulté d'aller au-delà sans se heurter à un manque. 
Palazzo Vecchio




Au-delà des faux volets du Ponte Vecchio s'étalent les magasins de bijoux très chers, la Piazza della Signoria est peuplée de nomades en sac à dos. Les ponts se fixent superbement dans le fleuve, le crépuscule s'abat lentement sur le Duomo. Pourtant, je trouve la ville difficile à cerner, à aimer, autrement qu'à travers un album composé au fil du temps. 


Mais peu importe, pourvu que les photographies prises soient aussi belles que les souvenirs reconstitués.