Florence
J'ai une fâcheuse tendance à modifier mes souvenirs, associant très facilement voyages et anecdotes à certains états d'esprit qui ont marqué les périodes de ma vie. Ca doit être assez commun, comme attitude. Florence, ma première fois en Italie, voyage scolaire au lycée, l'autobus s'arrête Piazza Santa Maria Novella, le groupe s'encombre et se bouscule. Nous sommes en janvier et il fait extrêmement beau et extrêmement froid, et l'église bleue et blanche qui se trouve sur la place rectangulaire est très jolie sous l'effet de la lumière et nous prenons tous frénétiquement en photo les édifices environnants. Plus tard, quand je voyagerai, j'y retournerai. J'y retournerai.
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| Santa Maria Novella |
J'y suis en effet retournée avec L., deux ans à la suite. Le voyage avait été décidé à l'improviste, quatre journées auparavant, ce serait l'Italie, bon, première étape, Florence, parce que le billet de bus est le moins cher. Nous étions fières et ridicules. C'était fantastique de fantasmer sur la douceur des soirées d'été, parfumées de liberté depuis Paris où nous bernions nos parents avec des histoires de voyage organisé. C'est fou combien ces instants me semblent être d'un autre univers, combien j'étais une autre, plus impressionnable, plus imprudente aussi, alors que si peu de temps est passé. Je commence à prévoir l'accumulation des années. Effarante.
Il y a deux semaines, Florence élégante et ensoleillée débordait encore une fois de touristes japonais aux parapluies antibronzage et aux appareils photo enfoncés dans les poches ainsi que de familles enclines à provoquer des embouteillages sur le charmant Ponte Vecchio. L'idée était d'immortaliser des images de leurs sourires, avec, pour fond, le Ponte Santa Trinità, peut-être le Ponte alla Carraia, mais par-dessus tout, l'Arno. Des files d'individus munis de guides touristiques essayaient d'en apprendre plus sur la biographie du Caravage, en attendant d'acquérir un précieux billet pour la Galerie des Offices. Le bruit d'ensemble se faisait dérangeant aux heures éreintantes des après-midis de juillet mais l'animation redevenait douce en début de soirée, lorsque la température s'abaissait et qu'un petit vent venu de je ne sais où chatouillait quelque peu. Au milieu de tout cela, j'essayais de retrouver quelque chose de plus que la sensation de l'agréable, c'est à dire mon tas d'envies d'il y a deux ans, je me souvenais que le samedi soir, nous étions tombées sur une projection de la Divine Comédie reprise sous forme d'opéra sur la superbe façade de Santa Maria della Novella. Les détails, intimes, personnels, le téléphone qui sonne, le désir d'un jour parler l'italien. Sa beauté m'était d'autant plus perceptible que je n'avais, jusqu'alors, fait que l'étudier en cours. Les mots s'embourbaient, chiasa ou chiesa, comment dit-on? le désir oublié, me voilà trop occupée à le parler.
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| Piazza della Signoria |
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| Duomo |
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| Ponte Vecchio |
J'y ai retrouvé cette imperceptible distinction qui constitue le très bel aspect tout comme le principal défaut de Florence; l'impression de pénétrer dans une vitrine bien mise en scène, dans laquelle il ne peut rien advenir de mal, vitrine qu'il faut parcourir, photographier, avant de quitter, parce que, comment dire, il y a une difficulté d'aller au-delà sans se heurter à un manque.
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| Palazzo Vecchio |
Au-delà des faux volets du Ponte Vecchio s'étalent les magasins de bijoux très chers, la Piazza della Signoria est peuplée de nomades en sac à dos. Les ponts se fixent superbement dans le fleuve, le crépuscule s'abat lentement sur le Duomo. Pourtant, je trouve la ville difficile à cerner, à aimer, autrement qu'à travers un album composé au fil du temps.
Mais peu importe, pourvu que les photographies prises soient aussi belles que les souvenirs reconstitués.