Tout ce que j'en ignorais, l'indéniable dualité entre Syracuse, l'industrielle, de chaleur étouffée dans le vrombissement quasi intenable des automobiles, dans l'amas tourbillonnant de véhicules qui cherchent à se piétiner comme si elles avaient signé le pacte entendu des auto-tamponneuses, et la sérénité que dégage l'île d'Ortigia, extrémité passionnément blanche qui tranche avec le désordre typiquement sicilien. La place de la gare est un tas d'automobiles, d'autobus direction toutes les directions, et il n'y a plus qu'à s'en distancer pour percevoir Syracuse dans ses airs de mythe et de drame, dans sa définition baroque et variable. A Ortigia impressionnent les statues des fontaines, marbres arrosés à longueur de juin, à longueur d'heures, douchées, baignées, éclaboussées dans un cri d'eau, impressionne la clarté dégagée par la magnifique Piazza del Duomo, infiniment étalée, spacieuse, champ blanc placé au milieu des fameuses rues étroites auxquelles on identifie si aisément, peut-être un peu trop hâtivement l'Italie, impressionne le tamisé de la cathédrale qui se brise sur le pavement cosmatesque, la pénombre qui nous fait croire à tort que nous y sommes les seuls, et les premiers, à observer les piliers en pierre de la bâtisse, à aimer la simple vue sur la mer que tout le monde aime, que tout le monde associe à vacances, et à calme, et à détente, alors que la mer est tout sauf paisible, il y a quelque chose de foisonnements, une vie qui en émane.
Impressionne cette petite plage où il y a à peine du sable, cette petite plage qui n'est pas destinée à ce qu'on s'y baigne, mais à ce qu'on y parle vie et désirs jusque tard dans la nuit, cette petite plage devenue immense par la grâce du souvenir peut-être sublimé, à proximité d'une forteresse trop éclairée par les rayons de midi et depuis laquelle on peut contempler 1) sur la gauche un morceau de Syracuse 2) sur la droite, rien que la Méditerranée.