samedi 23 juillet 2011

Cinecittà


"La prima volta che ho udito questo nome, Cinecitta, ho percepito che quella era la citta dove avrei voluto abitare e che avrebbe fatto parte della mia vita. La citta delle attrici, delle dive. Una dimensione fatta, un sogno da batticuore."
Federico Fellini


Giulietta Masina, Federico Fellini et ... Oscar
Cela se trouve au bout de la ligne de métro A direction Anagnina, station éponyme, trottoir désert que longent à grande vitesse les voitures. Le panneau d'entrée est austère, la visite guidée se prolonge une heure durant; on nous présente les décors de Gangs of New York et de Rome, une série américaine récemment diffusée. Vous comprenez, l'incendie de 2007 a détruit un dixième des studios. Les clics sur appareil photo se déclenchent, l'ouverture du lieu étant exceptionnelle, réduite à quelques mois. Il y a pourtant quelque chose de triste, entre la chaleur de presque midi qui s'empare des colonnes en carton, les fausses mosaïques parfaitement constituées, et le désert ambiant, ce grand terrain vague peuplé de bric-à-broc. On peut difficilement soupçonner que le passé a été fascinant.
Quelques bribes de Gangs of New York...
... et un faux arc de Constantin pour Rome
Et pourtant, dès l'entrée dans la salle d'exposition, j'ai éprouvé de l'émerveillement, la même sensation d'envie de contempler ressentie au Musée du Cinéma de Berlin, lorsque j'avais passé des heures à me laisser surprendre par les scènes noir et blanc de Métropolis, par les extraits de Fritz Lang et les robes de Marlene Dietrich.
Cinecittà. Cela reprenait tout à coup mon amour pour le cinéma italien; en quelques projections  d'images sur le sol les films revenaient, un par un, accompagnés, une fois encore, du contexte dans lesquels je les avais visionnés. Condensés en quelques salles d'exposition, Death in Venice, et le souvenir que je pense impérissable d'un des plus beaux films de ma vie, des parapluies blancs courbés sur les plages du Lido, Aschenbach progressivement décrépit car diminué par la beauté parfaite de Tadzio, et, partout ces éclat de vulgaire brisant l'harmonie quasi totale du cadre, des rires dégueulasses que le compositeur ne saisit pas à sa dernière tentative de lutter contre la vieillesse qui prend à travers un maquillage grotesque, un maquillage d'opéra. La cinquième symphonie de Gustav Mahler accompagne les bateaux qui tanguent, les images des coupoles tremblotent au doux rythme des vagues et, derrière, le crépuscule sous forme de toile rosée. 
Des photographies. Ludwig ou le crépuscule des dieux, retraçant l'histoire de Louis II de Bavière, le roi fou et l'ambivalent Helmut Berger, protagoniste, Romy Schneider au paroxysme de sa féminité, acceptant de réincarner Elisabeth de Bavière mais à jamais coupée de Sissi l'ingénue. Le piano qui épouse le paysages excessivement enneigés dans le bleuté de l'aube et les visages découpés par la transparence de la lumière.

Dans un registre absolument différent, la Dolce vita et l'irrésistible et futile Marcello. La via Veneto, rue des autobus 62, 63, 630, 80, 53 a entièrement été reconstituée à Cinecittà. Le Café de Paris ne veut plus rien dire aujourd'hui. Ils ont même ouvert un Caffè Dolce Vita à deux pas du Marriott. Emma abandonnée en bord de route, la nuit. Le final, sur les cancelli d'Ostia, Marcello, après une nuit de débauche, aperçoit, loin de lui, la jeune fille rencontrée quelques journées auparavant, et lance, face au signes frénétiques, "Je ne comprends pas, on entend rien."
Qu'entend-on encore, à Cinecittà? Les vagues décors filent une sensation d'amertume et de démodé. Les photographies font encore et toujours rêver. La Magnani est plus belle encore sur les images en noir et blanc. L'exposition montre la robe de Silvana Mangano, celle d'Anita Ekberg dans la fameuse scène de Trevi. Les visiteurs ne sont pas venus pour rien.

La robe de Silvana Mangano dans Mort a Venise (au milieu)...en haut a droite les habits de Michel Piccoli dans le recent Habemus Papam....


...et la fameuse tenue d'Anita Ekberg dans la Dolce Vita
 Dans ma tête, c'est le défilé de nuits passées en cinéma italien, les nuits où le sommeil arrive, mais il manque une scène, il me faut encore une scène, comprendre ce qui arrivera. Quand c'est un livre, on dit encore une page. Fellini, lui, disait "qu'il n'y a pas de fin. Il n'y a pas de début. Il n'y a que la passion infinie de la vie."