La télévision raconte d'un égal une longue suite d'information, non sans une pointe de voyeurisme. A Bucarest, une jeune femme incarcérée pour meurtre s'est arrangée pour tomber enceinte du professeur de théâtre du pénitencier pour essayer d'obtenir une libération conditionnelle. A Ploiesti, quelques dizaines de kilomètres de la capitale, les gens se sont agglutinés pour recevoir de l'eau bénie parce qu'aujourd'hui c'est la fête d'Ioan Botezatorul (Jean -Baptiste) - en Bulgarie, il paraît qu'ils s'amusent comme des petits fous à danser dans de l'eau glacée. Selon un sondage, 34% des Roumains ont "graissé la patte" ces douze derniers mois mais 85% considèrent que s'ils étaient fonctionnaires, il ne chercheraient pas à profiter de la corruption pour s'enrichir. 37 Libyens ont été transportés à Bucarest pour se faire soigner. J'ai envie d'éteindre le poste et de poster quelques mots.
Le blog a plus d'un an, et même si j'ai un peu ralenti je n'ai pas l'intention d'arrêter. Lorsque je me repasse ces douze derniers mois j'ai l'impression d'un album de photographies où chaque image serait associée à une émotion précise. Le paradoxe, c'est qu'on n'a jamais de photographies des instants les plus intenses et plein de clichés de ceux où l'on s'ennuyait assez pour sortir l'appareil.
Alors en vrac et en cinq minutes. Une pizza avec Matthias dans le Trastevere, la première, je crois, des lettres passionnées que j'ouvrais délicieusement Viale Somalia, cette sensation d'être quelqu'un de libre qui se réveille chaque matin pour se rendre au travail, les livres cornés qu'on s'entête à lire dans l'autobus bondé et cette place que j'étais seule à dénicher, dans le 63, derrière le premier siège sur la gauche, place inconfortable, certes, mais que personne ne pouvait réclamer, où je m'oubliais au rythme des lignes lues. Le virage dans le rond point de Piazza Venezia, une soirée sublime sur la petite plage de Syracuse, et ce magasin hors de prix où nous avons essayé des chapeaux pour continuer à écouter la musique en français. La Fiat Panda qui trace, parallèle à la mer. L'autobus d'Ostie qui trace sur la chaussée et nous manquons de mourir de rire lorsqu'il tourne. Villamedici.it Faire du stop. Faire du stop. Faire du stop et prier. Les baignades d'août dans le lac en cratère de volcan de Castel Gandolfo, lorsque Rome et mon cœur se sont vidés. L'ennui et les journées qui s'écroulent sans s'écouler. Rentrer seule de nuit, à quatre heures, les chats ont filé se coucher, tu restes calme, oui, tu restes calme, mais les derniers mètres, j'enlevais toujours les chaussures pour me mettre à courir. Fellini, Mastroianni, Visconti, Pasolini et Cinecittà. Passer des heures à feuilleter des guides touristiques devant un café au premier étage de la Feltrinelli. Le footing à Villa Ada, tiens, les répétitions pour le concert de ce soir, on dirait Goran Bregovic. Merde, c'est Goran Bregovic. Waaah, j'entends Goran Bregovic de ma chambre, pour une fois qu'il arrive quelque chose dans ce quartier. Les nuits inquiétantes, et les fous de Rome, qui traînent, sales et désœuvrés, effarants. Sten via della Maddalenna. Le jardin du Luxembourg dans la chaleur d'un septembre qui se prend pour le mois de juillet. L'impression désagréable d'avoir emprunté non pas le meilleur chemin mais le moins mauvais. Scolairement parlant. Dîner aux chandelles à trente à la Cité de la Céramique de Sèvres, dans des assiettes qui portent la marque du lieu. La descente de l'avion dans le bleu de la mer; le hublot laisse entrevoir Copenhague et les éoliennes ressemblent à des petits bonhommes. Le décollage de Catane, regarde, on aperçoit Taormina et l'Isola bella, il y a trois jours, nous nous y baignions. Marcher dans la démesure Berlinoise, Kreuzberg éclairé par les rayons de mai. La Piel que habito, studio Galande, les instants où nous sommes démesurément heureux sont ceux durant lesquels nous ne songeons à rien d'autre qu'au présent. Volup'thé, Sleeping Beauty, le grand instant du "chuuut" avant un anniversaire surprise, qui se prolonge, qui se proloooonge tellement que cela prend des airs de plaisanterie. Les amitiés naissantes, les muffins au Nutella à trois pas de Saint-Sulpice et les spaghetti à la carbonara de 23h. Marcher des heures durant sous la pluie de Beaubourg à Bastille et de Bastille à Beaubourg, parler aux antiquaires, trouver qu'il s'agit d'insupportables snobards. Déjeuner tibétain au coin de la rue des Ecoles ou claquer de rire dans un japonais rue Sainte-Anne et prier pour que les maîtres du lieu n'aient rien saisi à l'indécence de la conversation. Nager comme une calamité, mais une calamité courageuse s'il vous plaît. L'irrésistible odeur du vin chaud à la cannelle et les adieux qui s'éternisent à Denfert-Rochereau. Cinq minutes écoulées, à l'instar de 2011.
Dehors il neige, et nous sommes en mezzanine. La neige glisse sur la vitre, forme de petites flèches blanc cassé puis s'amasse. Je l'aime le matin, phosphorescente dans la lumière bleutée, lorsque la végétation des montagnes fond dans la brume. Les Carpates ressemblent alors aux cartes postales.
Je me permets de vous adresser une petite compilation des meilleurs souhaits que j'ai reçus pour l'année qui s'ouvre. "Joie de vivre, sérénité" "belles rencontres et réussites" mais aussi "de l'amour fou, des éclats de rire et de chocolat, des promenades en bord de Seine", bref une année "RICHE dans tous les sens du terme. Riche de rencontres, de cafés pris un peu partout avec des gens connus ou non, de découvertes, d'instants volés et de sourires, riche de la beauté de ce qui vous entoure."