mardi 28 juin 2011

Catane

Drôle de ville. Drôle de ville un peu trop délabrée, aux autobus qui ont rapetissé afin d'être contenus par les rues mal pavées, condamnées au perpétuel vacarme,  sous l'ombre soigneux de l'Etna. Etna dégage des lasses fumées, au fin fond de l'avenue Etnea, sur laquelle s'étalent les dizaines d'enseignes de multinationales, Benetton , Zara, prêt-à-porter et j'en passe. Ailleurs, c'est différent de l'Europe, on dirait un souk brouillon, un marché à l'étalage où s'étale un excès de vie et de cris, des engueulades, ces types qui dévisagent ouvertement les femmes de la tête aux pieds, en commençant par les pieds, comme pour établir une mentale évaluation physique, des adolescentes fatiguées par la chaleur de la fin d'après-midi qui potinent aux arrêts d'autobus, ces mêmes autobus minuscules dans lesquels on se hisse, on se déplace tout au fond, nous installant sur une banquette surélevée, en bois, tous deux conscients qu'au premier coup de frein on passe dans le pare-brise. Cela rend le voyage encore plus drôle. 
Pourtant, Catane me met mal à l'aise; est-ce justement à cause du ciel gris et pesant qui salue notre arrivée en Sicile et qui attriste les pierres et bâtiments ou des gens qui tracent et passent, qui d'emblée pour font passer pour étranger, des gens expirant sous la lourdeur sous-jacente.
Cela rappelle en quelque sorte Palerme de par le chaos trop exagéré et si peu ensoleillé, un chaos marqué de misère d'où surgissent des merveilles d'édifices et des morceaux d'antiquité.  L'actuelle université de sciences humaines en fait indéniablement partie et on ne se lasse de contempler les arabesques des visages à grimace qui dépassent des murs avant une brève promenade sous le cortile, le temps de mériter quelques regards curieux et un brin agacés de professeurs.

Une fois sortis, les mêmes paradoxes de l'île, les beautés qui rendent incrédules, surtout par contraste avec la dénuement ambiant, les beautés non rénovées, réduites en centres non-volcanique, presque effondrées au prochain séisme.
La patronne de Catane, c'est Sainte Agathe, comme l'atteste son omniprésence de la cathédrale, son omniprésence des mosaïques, cette présence dorée qui s'incarne jusque dans les figurines adressées aux touristes de passage.

 Car à Catane, on est de passage, personne ne vient en Sicile spécialement pour voir Catane, en dépit des efforts de restauration de quelques beaux édifices du centre, c'est trop délabré, peut-être trop maladroitement authentique, à l'autogare il y a des rixes, limite un peu dangereux pour les étrangers, nous sommes habillés de façon dérangeante, ou bien est-ce moi qui ressens ainsi la réalité.  Au nord, nous apercevons encore le volcan, il faut quitter la ville pour véritablement sentir la Méditerranée, son intense couleur que la lumière modifie, les odeurs, il y a trop à faire ailleurs. 
La soirée s'éteint sur la Piazza del Duomo, près de la Fontaine de l'Éléphant, éléphant en roche volcanique qui date de l'époque romaine et constitue l'emblème de Catane. Il rappelle un peu mon éléphant à moi, le Bernini romain, place de la Minerve.