Réminiscences siciliennes, mais qu'importe.
Notre première fois à Taormina avait hautement traumatisé la petite Fiat Panda, contrainte à se hisser sur des hauteurs impensables et à éviter maints obstacles et colosses (autocars qui insistent pour se glisser sur une route de six mètres largeur, en virage et en pente, à soixante kilomètres heure), traîner la nuit durant dans des lieux peu autorisés, en laissant un petit mot sur le pare-brise, pour les éventuels flics "Monsieurs les policiers, on revient tout de suite." (testé. Avec notre chance de rigueur, il y avait autant de chances qu'un habitant des lieux se mette en furie, téléphone pour dénoncer le stationnement abusif, et hop, petite Fiat Panda à la fourrière!) Par chance, être quatre (charmantes jeunes) filles avait sauvé la mise, puisqu'un héros sicilien nous avait accompagnées assister la voiture et lui fournir un autre petit mot sympathique à l'intention des carabinieri : "En attente de pass habitant - stationnement gratuit."
Bref. Si Taormina a ses défauts (tourisme de presque luxe, Italiennes hissées sur des chaussures plateforme de 30 cm qui trébuchent sur les pavés la nuit venue, une demi-heure de descente pour un bout de plage et une heure et une heure et demi de sueur pour retrouver le sain logis), j'ai ressenti un fou plaisir à retrouver cette impression d'éloignement, d'isolement vis-à-vis de reste de l'île, de son désordre souvent poussé au paroxysme, de la chaleur poussiéreuse des grandes villes. des gares asphyxiantes devant lesquelles s'empressent les voitures inattentives. Taormina, c'est une falaise étagée et assez aérée, en dépit du rallye d'automobiles qui grimpent et dévalent l'asphalte et les pieds des piétons.
C'est, par-dessus tout l'interminable montée que je prenais plaisir à évoquer, celle qui part de la mer et se dirige vers tout en haut, incarnée par des escaliers en pierre greffés dans l'odeur des plantes, dans le bruit des insectes et le frétillement des grillons, la sensation du corps qui n'est plus qu'une semi-flaque de transpiration, soulagé par l'idée d'une douche prochaine, la sensation du corps qui s'efface partiellement, progressivement, au fur et à mesure de la montée, de la mer qui s'éloigne et rosit sous l'effet d'une lumière de fin de soleil, lisse et violette, rongeant le sable de la minuscule Isola Bella, dessinant ses contours très peu exacts, marche après l'autre les pieds avancent, le corps s'élève, se distance de cette surface plus tout à fait bleue, sereinement ondulée, presque cristalline, avant que le soir ne s'écroule, on monte les marches, ne regrettant plus tout à fait la petite Fiat Panda mais heureux d'avoir fait le chemin à pied.