C'est fou combien ça prend, l'attente.
J'éprouve déjà nostalgie de Rome, le souvenir précieux des instants de l'arrivée, le frétillement du soir, avant l'endormissement, lorsque j'énumérais les dizaines de choses qui me donnaient envie. Investir la Feltrinelli et lire des heures durant, longuement marcher le long des cancelli d'Ostie, à écouter le vacarme de la Méditerranée, écrire une lettre sur la terrasse du Vittoriano, goûter à cette savoureuse solitude qui s'apparentait à une sorte de liberté. Ma lettre est depuis longtemps postée, d'autres l'ont suivie et je pourrais décrire des heures durant le bruit de la mer. L'inconnu s'est évaporé au profit de l'expérience, que j'estime avoir intensément vécue. Reste simplement un amour fou de cette ville, certes sale et bordélique, au comble du comble de la désorganisation, mais terriblement belle et attachante.
L'inconnu se profile devant, accompagné d'espoir et d'illusions, parfois démesurées. Il s'agit de la même idée qu'en août dernier: qu'arrivera-t-il en septembre?
Il s'agit du manque, qui donne du fil à retordre, du manque des soirées à ne plus supporter une masse de travail inutile et à rêver d'autres horizons (le meilleur cinéma est toujours celui qu'on se fait la veille d'un examen, quand il nous reste 150 pages à apprendre, 150 pages même pas encore lues, et on s'enfonce dans le fauteuil en velours, et on visionne tranquillement), du manque de Paris, non pas pour Paris, mais pour les individus que j'associe inéluctablement à cette ville, le manque de cette sensation extraordinaire, lorsqu'il fait très froid en hiver et que je m'enfonce dans une bouche de métro ou m'immerge dans l'eau si chaude de la piscine Josephine Baker. C'est le manque du manque de soleil (c'est absolument ridicule de s'en plaindre à 35°C, j'en conviens), lorsque chaque rayon est ardemment désiré et lorsqu'on abandonne tout devoir pour profiter d'une éclaircie sur les quais de l'île Saint-Louis. C'est parfois le manque de contraintes, un peu perdue que je suis dans cette liberté que je me force à gérer, dans cette drôle de transition.
Par-dessus tout, il s'agit du désir de revoir et de revivre. Des saveurs, des angoisses, des émotions, des projections, du désir, du vouloir, de l'avenir. Des émotions.
Je ne pensais pas pouvoir dire un jour que j'en peux plus de la distance. Mais je compte les jours qui me séparent de septembre.
Dans deux semaines je rentre.