Suite à quelques plaintes concernant un certain poil qui m'aurait poussé dans la main, je procède à une mise à jour (immédiate) du blog.
Habemus papam. La réalisation, c'est du Nanni Moretti en puissance, avec, pour protagoniste, un Michel Piccoli aussi méconnaissable que poignant. Quant au cadre, la place Saint-Pierre, des appartements luxueux qui se veulent être ceux du Pape, les jardins du Vatican, la loggia d'une certaine Villa où défilent les robes rouges des cardinaux, la Piazza del Popolo et un autobus.
X (Michel Piccoli) vient d'être élu Pape et il ne veut pas. Dans un premier temps il acquiesce par pression, puis adopte l'attitude de refus d'un adolescent de quinze ans. Son comportement plonge son entourage dans le désarroi le plus total et la chrétienté catholique dans l'incompréhension.
X étant un type ordinaire choisi pour une charge extraordinaire, on cherche à le psychanalyser pour dépister la cause de son mal-être. Entre en scène Y (Nanni Moretti), le meilleur dans la matière, névrosé comme il se doit, très récemment largué par sa femme psychanalyste, qui ne supportait plus sa brillante concurrence. X et Y souffrent pour des raisons différentes. X réussit à déjouer l'attention de ses gardiens et s'enfuit dans Rome. Y reste au Vatican expliquer aux cardinaux qu'il faut arrêter les anxiolytiques et les initier au volley-ball.
Il y a quelques bonnes raisons de fuir Habemus Papam. Un film sur la foi, ça peut être redondant. Mais bon, c'est très peu grave, cela ne concerne qu'une minorité d'entre nous, et on peut rester indifférents (voire se sentir amusés) devant deux rangées de types en soutane rouge en train de se prosterner. En revanche, parler vieillesse, c'est déjà plus universel. On se projette. Que serai-je à soixante-dix, soixante-quinze ans? Dans ma chambre, lit simple, crucifix au-dessus, somnifères sur la table de nuit, comme ces petits vieux assez folkloriques, qui n'oublient jamais l'heure de la prière? Flippés, un brin à-quoi-bonistes, on peste contre le cinéma art et essai, contre cette manie qu'a Moretti de s'attaquer à nos angoisses refoulées, comme s'il en était exempt.
Intervient la question, autrement plus dramatique, de la solitude. X est seul, dépourvu de Dieu, qui l'a laissé tomber avec le fardeau de la chrétienté sur le dos. Conscient de n'être qu'un homme, il aspire doucement à le rester. Il est alors contraint de fuir et de parcourir les rues de la capitale, il se fond dans la foule et la savoure, goûte à son délicieux expresso au sein d'un café et prévient le Vatican qu'il ne fera pas face.
Rome n'a jamais été aussi belle qu'à travers les yeux de cet homme obligé, frustré, qui aborde le quotidien avec l'émerveillement d'un enfant. Les gens de l'autobus valent d'être regardés et devinés. L'autobus longe le Tibre. De loin se dessine, dans le noir, la coupole de Saint-Pierre. X pense et revasse, on dirait un de ces types perdus, sans vie et sans abri, qui peuplent les rues de Rome. Il va voir une psychanalyste, la blonde et élégante épouse d'Y (heureux hasard), qui le prend pour dingue lorsqu'il lui explique qu'il n'a pas vraiment de métier, mais que si, il en a un, mais qu'il ignore quoi en faire. X a eu des illusions, il aurait aimé être acteur. Plus tard, il va au théâtre, frémit, récite en même temps que les comédiens. Habemus Papam est le film de la vie retrouvée.
Alors oui, on adore. Il y a tout le charme des réalisations de Moretti, le rôle qu'il adore jouer - le rôle de sa vie, qu'il est facile de confondre avec sa vie - c'est à dire le gourou analyste dépressif, qui nourrit plus de difficultés à s'en sortir que la plupart de ses patients. L'existence apparaît comme dérisoire, alors autant la prendre en dérision, au risque de cacher la solitude qui étrangle. C'est le rôle du professeur, dans Bianca, sauvé par une Laura Morante en toute beauté, le rôle du psychanalyste de la Chambre du fils, vingt ans après, alors qu'il se bat pour revivre aux côtés de cette même Laura Morante. Nanni Moretti en sait toujours trop sur l'être humain, et sa caméra nous le transmet. Sa voix, parfois insupportable, le sert. Dans Caos calmo (Chaos calme), il bouillonne paisiblement suite au décès de son épouse. La vie est une énorme plaisanterie, semble-t-il nous souffler, on rit, beaucoup, passionnément, on aime, on souffre, on meurt, on s'en remet, et cela continue, absurdement. La mémoire s'efface sur un morceau de Nicola Piovani, dans Palombella Rossa. Moretti était un type normal, son bonnet de joueur de water-polo sur la tête, avant de tout oublier. C'est pas grave, on peut toujours recommencer. Toujours, et ce jusqu'à la fin. C'est bon à savoir pour nous humains, tous concernés. Y compris X, cardinal Melville, pape contre son gré.
Habemus papam. La réalisation, c'est du Nanni Moretti en puissance, avec, pour protagoniste, un Michel Piccoli aussi méconnaissable que poignant. Quant au cadre, la place Saint-Pierre, des appartements luxueux qui se veulent être ceux du Pape, les jardins du Vatican, la loggia d'une certaine Villa où défilent les robes rouges des cardinaux, la Piazza del Popolo et un autobus.
X (Michel Piccoli) vient d'être élu Pape et il ne veut pas. Dans un premier temps il acquiesce par pression, puis adopte l'attitude de refus d'un adolescent de quinze ans. Son comportement plonge son entourage dans le désarroi le plus total et la chrétienté catholique dans l'incompréhension.
X étant un type ordinaire choisi pour une charge extraordinaire, on cherche à le psychanalyser pour dépister la cause de son mal-être. Entre en scène Y (Nanni Moretti), le meilleur dans la matière, névrosé comme il se doit, très récemment largué par sa femme psychanalyste, qui ne supportait plus sa brillante concurrence. X et Y souffrent pour des raisons différentes. X réussit à déjouer l'attention de ses gardiens et s'enfuit dans Rome. Y reste au Vatican expliquer aux cardinaux qu'il faut arrêter les anxiolytiques et les initier au volley-ball.
Il y a quelques bonnes raisons de fuir Habemus Papam. Un film sur la foi, ça peut être redondant. Mais bon, c'est très peu grave, cela ne concerne qu'une minorité d'entre nous, et on peut rester indifférents (voire se sentir amusés) devant deux rangées de types en soutane rouge en train de se prosterner. En revanche, parler vieillesse, c'est déjà plus universel. On se projette. Que serai-je à soixante-dix, soixante-quinze ans? Dans ma chambre, lit simple, crucifix au-dessus, somnifères sur la table de nuit, comme ces petits vieux assez folkloriques, qui n'oublient jamais l'heure de la prière? Flippés, un brin à-quoi-bonistes, on peste contre le cinéma art et essai, contre cette manie qu'a Moretti de s'attaquer à nos angoisses refoulées, comme s'il en était exempt.
Intervient la question, autrement plus dramatique, de la solitude. X est seul, dépourvu de Dieu, qui l'a laissé tomber avec le fardeau de la chrétienté sur le dos. Conscient de n'être qu'un homme, il aspire doucement à le rester. Il est alors contraint de fuir et de parcourir les rues de la capitale, il se fond dans la foule et la savoure, goûte à son délicieux expresso au sein d'un café et prévient le Vatican qu'il ne fera pas face.
Rome n'a jamais été aussi belle qu'à travers les yeux de cet homme obligé, frustré, qui aborde le quotidien avec l'émerveillement d'un enfant. Les gens de l'autobus valent d'être regardés et devinés. L'autobus longe le Tibre. De loin se dessine, dans le noir, la coupole de Saint-Pierre. X pense et revasse, on dirait un de ces types perdus, sans vie et sans abri, qui peuplent les rues de Rome. Il va voir une psychanalyste, la blonde et élégante épouse d'Y (heureux hasard), qui le prend pour dingue lorsqu'il lui explique qu'il n'a pas vraiment de métier, mais que si, il en a un, mais qu'il ignore quoi en faire. X a eu des illusions, il aurait aimé être acteur. Plus tard, il va au théâtre, frémit, récite en même temps que les comédiens. Habemus Papam est le film de la vie retrouvée.
Alors oui, on adore. Il y a tout le charme des réalisations de Moretti, le rôle qu'il adore jouer - le rôle de sa vie, qu'il est facile de confondre avec sa vie - c'est à dire le gourou analyste dépressif, qui nourrit plus de difficultés à s'en sortir que la plupart de ses patients. L'existence apparaît comme dérisoire, alors autant la prendre en dérision, au risque de cacher la solitude qui étrangle. C'est le rôle du professeur, dans Bianca, sauvé par une Laura Morante en toute beauté, le rôle du psychanalyste de la Chambre du fils, vingt ans après, alors qu'il se bat pour revivre aux côtés de cette même Laura Morante. Nanni Moretti en sait toujours trop sur l'être humain, et sa caméra nous le transmet. Sa voix, parfois insupportable, le sert. Dans Caos calmo (Chaos calme), il bouillonne paisiblement suite au décès de son épouse. La vie est une énorme plaisanterie, semble-t-il nous souffler, on rit, beaucoup, passionnément, on aime, on souffre, on meurt, on s'en remet, et cela continue, absurdement. La mémoire s'efface sur un morceau de Nicola Piovani, dans Palombella Rossa. Moretti était un type normal, son bonnet de joueur de water-polo sur la tête, avant de tout oublier. C'est pas grave, on peut toujours recommencer. Toujours, et ce jusqu'à la fin. C'est bon à savoir pour nous humains, tous concernés. Y compris X, cardinal Melville, pape contre son gré.


