samedi 2 juin 2012

Cartons

Alors l'affaire du siècle, c'est quand la veille d'un déménagement, au milieu des petits paquets, de la valise qui fait trois fois le poids d'un canapé, de la vaisselle qui va se casser la tronche entre Luxembourg et Gare du Nord, des cours de finances publiques qui ont enrichi la poubelle et des cours de comptabilité que j'incinérerais bien si j'avais pas peur de mettre le feu au parquet, de la bouilloire qui représente un danger public d'explosion, des huit paires de pompes jamais portées qui s'entassent sous le lit jusqu'à faire une bosse dans le matelas, de la couette qu'il faudra bien rapatrier, du paquet de patates que la coloc numéro 2, d'origine slovène (dont j'ai jamais retenu le prénom composé et que j'appelais à tort Maria, en souvenir de la coloc numéro 1) a lâchement abandonné à côté du micro- frigidaire en panne et à propos duquel je m'interroge - à qui en faire don? -  je tombe sur l'enveloppe surprise. L'enveloppe surprise, c'est cette chose qui arrête l'acte de rangement dans les méga-valises et ramène aux apartés qui ont prêté des nuances à la vie, entre les nuits un tiers blanches à rédiger des rapports, la fongibilité asymétrique et cette pluie fine responsable d'un Paris délicieusement déprimant. 
Un ticket d'autobus marqué en gros dessus SANS CORRESPONDANCE acheté un samedi soirée tardive, rue du Renard, après confidences. Le ticket de"Ce que j'appelle oubli", de Laurent Mauvignier, qui parle d'un SDF mort après avoir chipé une canette de bière, superbement interprété par Denis Podalydès. Celui de l'expo Romy Schneider, décembre 2011, et son beau visage qui rappelait Visconti et Sautet à la fois, les images dures de la Passante du Sans-Souci projetées sur le blanc du mur. La petite carte d'un resto tibétain à côté d'un tas d'autres restos tibétains, rue de la Montagne Sainte-Geneviève. Le sachet de sucre vide du Père Tranquille (faut quand même être bien névrosé pour avoir gardé le sachet de sucre...); du premier étage du café, il y a une vue imprenable sur les Halles qui ressemblent en ce moment à l'apocalypse. Les billets dorés de l'Opéra de Paris, Faust, à Bastille, en octobre dernier; Pina Bausch avec son Orphée et Eurydice, à Garnier, il y a quelques semaines; le billet orange de cette pièce scandinave du Théâtre de la Colline qui m'a déprimée au possible - Je disparais.
Liesse solférinoise un soir d'élection socialiste

 Le beau petit ticket du Champo, sur lequel est élégamment dessiné le cinéma de la rue des Ecoles.  L'orgie de tickets - et pour chacun, un instant de solitude, ou bien le rire d'un ami, ou cette perplexité qui revient souvent dans le fauteuil d'une salle de cinéma "euh...qu'est -ce que je fous ici?!" - Go Go Tales,  les trucs pas intellos et top drôles genre Intouchables - ouais, j'ai envie d'être politiquement correcte, j'ai adoré Intouchables - ou l'Amour dure trois ans, les trucs qui se veulent un peu intello, et qui ne sont pas drôles, à l'instar de Iron Lady, ou de La Mer à boire, ou Martha Marcy May, ou Shame, les films dont je ne me souviens plus - Des vents contraires - ceux dont je me souviens avec délice - Melancholia, The Artist. Les films de Christophe Honoré, qui représentent une catégorie à part.  Les films doux amers - Polisse -, ceux qui respirent la liberté - Drive, les films dont je me souviens juste que j'étais heureuse,  - Les Neiges du Kilimandjaro. 
Fontainebleau et ses lueurs
 Un billet de train pour Tours, qui équivaut - entre autres - au souvenir d'un coucher de soleil pourpre au-dessus de la Loire, à une exposition toute en Volutes de Bernard Lamarque et à une tarte aux pommes objectivement parfaite. La carte d'un salon de thé aux alentours de Saint-Séverin, souvenir d'un raté.

Les Buttes-Chaumont-Disneyland
Les tickets du dernier spectacle de Bartabas - à propos duquel j'ai l'intention de publier un article sur ce blog, avec environ trois mois de retard. Une heure et demi de rigolade sceptique devant Le Prénom. Un Paris-Austerlitz - Blois qui me ramène à un interstice de deux heures à longer la Loire, dans cette éclatante luminosité qui embrase le paysage entre deux averses. Nixon in China au Châtelet, le bel opéra de quatre heures qui lessive, tel un marathon. Un article du Figaro que Matthias a déchiré pour moi, et qui montre des touristes en train de se rouler dans la neige, devant le Colisée. La prospectus sur papier glacé d'une exposition de photographie, au Château d'Eau de Toulouse.  Danser sa vie, à Beaubourg. Les musées parigots, les Arts décoratifs, Guimet, ces après-midis à jouer le touriste qui stocke inutilement des dizaines d'images, juste pour garder, un peu comme moi, et mes énumérations, pour ne pas oublier.