Piazza Mattei. On dit que le duc éponyme ayant perdu sa fortune au jeu, s'est vu refuser la main de sa fiancée. Alors, afin d'impressionner le père de celle-ci, il aurait fait construire en l'espace d'une nuit la superbe Fontana delle Tartarughe, puis invité l'ensemble du clan à admirer l'oeuvre. Excuses, épousailles, Mattei qui fait murer la fenetre respective, pour immortaliser la mésaventure.
Seconde particularité de la fontaine, les tortues, qui ne figuraient pas dans le projet initial et ont certainement éte rajoutées par le Bernin. Depuis volées, récupérées, volées, récupérées, volées, récupérées, elle ont finalement été remplacées par des copies, alors que les originaux se trouvent aux Musées Capitolins.
Peu de couples, souvent des amis venus profiter de l'ambiance bon enfant, bonne guitare, les rires fusent, les murs sont couverts de cartes de Rome, de photographies de Rome, d'un tas de choses extraordinaires qui font allusionencore et encore à la ville. On croque dans les carciofi alla giudià, artichauts frits au citron, véritable institution dans la capitale, on les trouve délicieux. La soirée s'écoule, comme des milliers d'autres, elle a quelque chose de gai et de lumineux.
Ghetto. La parole nous vient de la zone de Venise où les Juifs étaient contraints d'habiter durant la République vénitienne. Il y a deux ans, avec une amie, nous avons atterri sur place à tout hasard, suite à une réservation douteuse d'une sorte d'hotel douteux, dans le Cannaregio, coin un peu moins touristique du nord de Venise. L'hotel était en réalité une maisonnée de quelques chambres tenue par un Thailandais qui y vivait avec son épouse et ses enfants, et avait le grand défaut de ne parler ni anglais ni italien et la grande qualité de préparer d'excellents petits-déjeuners. En quittant l'étroite ruelle, nous prenions à gauche avant de nous retrouver dans celles sombres, un peu de pierre, un peu d'ombre, du ghetto. J'ai retrouvé la meme ambiance assez étrange à Rome. Il y a l'étroitesse des murs entre lesquels se glisser très doucement, leur indicible humidité, le bruit des chaussures sur les pavés, toc toc toc, la facilité de s'imaginer l'insalubre et l'invivable d'il y a quelques siècles. L'église Sant'Angelo in Pescheria est bien connue; les Juifs étaient contraints d'y assister à la messe. Pour se défendre des paroles qu'ils n'acceptaient pas, ils se bouchaient les oreilles avec de la cire.
Certaines nuits, longer le théatre de Marcellus, ne pas craindre le cul-de-sac qui conduit à des grilles surplombant les vieilles pierres. J'y ai déjà aperçu un spectacle parmi les ruines; le piano à queue posé là, un type qui jouait, des gens qui le fixaient, l'instant d'un soir de septembre.
Retourner dans le ghetto. De soir, prendre note de la lumière insuffisante.