La pluie qui bouffe un peu la peau et beaucoup le moral, et nous voilà réfugiés politiques dans le manteau, Paris harmonie sous les yeux; les mêmes bâtiments qui s'épousent et s'assemblent, les pressés et les étranges, les voitures qui défilent comme au carnaval, sauf que souvent à Paris il fait laid, et que l'ambiance n'est pas au carnaval. Les délicieux macarons de juillet acquis rue Rambouillet, qu'on aura dévoré une seule fois autour d'un café, mais tellement terriblement bons qu'ils se sont creusé une place à eux, sur le palais et dans la tete. Les dernières séances au Lucernaire, décision de rendre visite au cinéma prise à 21h50, départ précipité à 21h52, courir avec folie rue Auguste Comte, arriver à point pour rater la publicité, s'endormir calé dans les fauteuils, oui, le film était dépressif, mais nous on aime pas les comédies romantiques. Se réveiller trop tard pour arriver à l'heure en cours, cacher les deux assiettes sales dans les placards parce qu'on est rentré trop tard pour faire la vaisselle. Les oublier dans le placard. Survivre pendant deux ans avec des Activia et des Krisprolls. Détailler à froid des problèmes sentimentaux assez apocalyptiques dans la chambre près de l'escalier, troisième étage, trois cent deux il me semble, thé vert, oui je me mets à bosser, mais mince je n'aime pas le droit, c'est pas juste. Nos diners institutionnalisés de copines d'ex-triplette, grandes amies de post-triplette, autour d'un risotto ou d'un fondant au chocolat. Hésiter à reprendre du fondant au chocolat, décidément la vie est mal fichue, le sucré fait grossir. Débattre grands amours impossibles dans l'appartement du quatrième rue Simon-le-Franc, s'y rendre juste à l'heure du coucher, en été, s'approprier les derniers éclats de soleil qui s'abattent violemment sur la coupole de l'Institut. Recevoir divers types de messages, se faire appeler Léa depuis l'adolescence, pas méchante mais p'tain qu'est-ce qu'elle est chiante, Léa j'ai besoin de toi, on mange ensemble quand, je suis à Sèvres. Refaire l'état du jardin de la maison, refaire le monde dans ma cuisine autour d'un Ferrero, bordel la vie est franchement mal foutue, on peut-meme pas en dévorer une boite sans culpabilité, ça sert à quoi, la culpabilité? Se donner rendez-vous, toujours au meme Beaubourg, toujours sous la meme pluie, toujours sauver la situation grace au meme parapluie. La danse contemporaine. Aller à la Cartoucherie, retrouver des illusions adolescentes, aduler une enième fois Mnouchkine. Les places pas chères de la Comédie, juste pour les étudiants, monter la rue Monsieur le Prince, dévorer du riz gluant.
Rentrer de nuit, dans un mois je partirai un an à Rome, alors il faut respirer les rues, les pavés, ls voyous de trois heures du matin, la violence de la Seine, l'uniformité de ce gris que photographient les Japonais, le plan du métro, je partirai, donc tout regagne du sens, donc tout a un sens.