dimanche 27 février 2011

Macabre

"Nous fûmes ce que vous êtes, vous serez ce que nous sommes."

La phrase électrochoc clôt assez brutalement une drôle de visite, celle de la crypte des Capucins, située dans la rue colimaçon de la Dolce Vita, et des bus qui dévalent son asphalte à toute allure, jusqu'à choper le tournis autour de la Fontaine du Triton. Les cinq salles voûtées constituent un chef d'œuvre d'art funéraire, univers de fleurs constituées de tibias, ensemble éclectique duquel ressort la volonté de provoquer une réflexion sur sa condition humaine. Dans le tympan d'une niche centrale, un sablier ailé, avec des omoplates, et voilà que le temps nous vole dessus alors que nous contemplons et parcourons des yeux les parois aussi étrangement décorées. Latéralement, des capucins reposent à l'intérieur de niches; sous les baldaquins pendent des vertèbres, les crânes dirigent leurs faux regards vers nous, impersonnels, on fait semblant de rire mais on frémit. Dernière pièce, sur la paroi du fond, deux petits squelettes soutiennent avec une main un crâne; au centre de la voûte, le mince squelette de la princesse Barberini, tout intégré dans un amandier, symbole de la vie naissante. Dans ses mains une faux, et une extraordinaire balance, référence au jugement dernier. Les visiteurs ne se damneraient même plus pour une photo, ils contemplent, surpris et certainement un brin bouleversés.

Et nous de sortir boire un chianti, pour faire passer.