dimanche 27 février 2011
Black Swan
C'est l'hystérie du soi muée en démence, à force de ne pas arriver à se construire, à exister. Deux heures d'oscillations et de plans chevrotants, ivres, chancelants, de pointes brisées, le visage à la fois vieilli et enfantin de Natalie Portman, deux fois soixante minutes emportés à l'intérieur des fantasmes. Celle du début, où s'esquisse la recherche du déséquilibre, sur Tchaikovsky, dans la confrontation au monstre, celles qui s'ensuivent, peuplées de sang, d'écorchures. Deux aspirations: l'ivresse de la danse non contrôlée, extatique, l'abandon à l'inconscient, la perte de soi. Ensuite, le désir de déchéance menant droit à la mort. Et peu importe au fond qu'il s'agisse de métaphores ou du réel, que ces vides couloirs où Nina erre, filmée de dos, fragile, inapte, tremblotante soient palpables ou labyrinthes de schizophrénie, que sa jouissance finale rime avec abysse, les deux chemins se trouvent pleinement empruntés, analysés, sublimés, dans une œuvre dont la force est de nous faire tournoyer tels des marionnettes, nous entraînant dans un évanouissement lyrique qui s'achève en superbe cauchemar.