Les dernières séances, ce à quoi j'associe définitivement Paris, cette habitude d'achever la journée niché dans le fauteuil en velours d'une salle vide, devant la grande toile blanche. Frisson quasi-enfantin accompagne l'instant où démarre le film. Peu en importe le titre ou la réalité, l'essentiel étant de glisser dans l'oubli de la journée, l'oubli de soi, se laissant transporter sur la frégate de sa fiction.
Rome m'avait enlevé cette sensation, salles démesurément grandes, trop pour risquer un potentiel vide. Je l'ai retrouvée hier, après une demi-heure de tramway chancelant, afin de rejoindre le Vatican. Le cinéma Azzurro Scipioni se trouve à quelques minutes de la piazza del Risorgimento; le tram emprunte l'interminable Viale Regina Margherita, traverse l'obscure Villa Borghese, longe l'antique porte Flaminia, survole le Tibre noirci par la nuit, s'enfonce dans le Prato. Le quartier est silencieux, à droite métro Ottaviano, pas loin basilique Saint-Pierre; les apôtres, l'incomparable aperçu nocturne. La ruelle déserte, le cinéma impossible à percevoir, enseigne presque vulgaire de banalité.Et pourtant, une fois passé l'étroit couloir, les escaliers empruntés s'ouvre un monde. Univers de papier peint kitsch qui habille les murs, de lampes transparentes traversées par une jaune lumière, univers de famille et d'enfance et de songe et de voyage, d'invitation au.
Le reste se joue sur la toile blanche.