mardi 8 mars 2011

Usine

Elle se trouve sur un grand axe un peu désœuvré, au-delà de la piazza Vittorio et et de Termini, dans le coin des trottoirs défoncés, des negozi asiatiques enfoncés dans les sous-sols, tous uniformes, un peu démesurément. Le même foisonnement règne dans les rues, les gens se pressent cependant, un peu trop, à travers les arcades, piétinent l'asphalte inégal, les automobiles s'accostent et se gueulent dessus. Dans l'agitation, une terne authenticité, loin des faux-semblants des cafés branchés, Monti et le charme de ses pierres ébranlées a glissé à des années lumière, seuls comptent ces va-et-vient sur l'axe. Un peu désoeuvré. 
A gauche, l'enseigne est gigantesque, Palazzo del Freddo. A première vue, c'est surprenant, un palais de glace à Rome, cela rappelle vaguement quelque histoire d'Andersen, on revoit surgir les parois de glace version Reine des neiges, l'énorme jeu d'échecs auquel Karl se trouvait condamné à jouer, une couleur de blanc un brin transparent, rien de similaire à cette rue grise à l'instant traversée. 
L'intérieur est celui d'une immense fabrique, des tables claquées à tout va, la foule assise, bavarde, ou bien d'autres attendent leur tour échoués sur les bancs en bois, ou appuyés au piliers, après s'être munis de l'indispensable scontrino. Parce que le Palazzo del Freddo est l'un des meilleurs glaciers de Rome, unanimement mentionné, toujours approuvé. Et les minutes perdues sur place, dans l'usine, à scruter les centaines de goûts, à chercher à en deviner les saveurs, nous rendent hésitants, et le choix devient, une fois encore, renoncement. Amical conseil: la glace au riz, sublime et improbable. La pistache. Et le chocolat noir, comme une évidence.