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Quatrième étage; appartement douze. La sonnerie retentit à l'impulsion de mon bout de doigt, elle ouvre d'une sourire radieux, "Vieni, vieni, tesoro mio." Cette fois non plus, je ne dérange pas. Encore faut-il la suivre, dans la cuisine, se frayer un chemin en évitant les trois chiens, la grande, blanche, aux airs de labrador pour la nulle des races de chiens que je suis, les deux petits vauriens, la suivre dans la cuisine donc, prendre place. Elle allume une cigarette, me sert un café trop serré que je sucre démesurément. La porte claque encore, c'est peut-être Leonardo, le fils adolescent, enfant terrible qui accumule les bêtises et te fait rire en deux temps trois mouvements par son charmant regard. C'est peut-être son père, qui maudit l'un des trois chats qui s'est encore attaqué aux deux pauvres perruches, solitaires habitantes du salon. Elle, elle s'en fout, elle a déjà commencé à me raconter une histoire; j'étais venue chez elle pour lui faire partager les miennes, lui demander conseil, trouver cet apaisement qu'il y a chez certains adultes, le "rien n'est grave, pas même le temps qui passe, on se remet de tout."
J'ai rencontré Michela dans de drôles de circonstances, c'était le rentrée, je venais d'apprendre une mort, connaissais à peine quelques personnes à Rome, vivais encore seule à l'appartement, n'arrivais pas à ouvrir la porte d'entrée. Elle m'a aidée, puis déclaré dans un français parfait: "Je suis la voisine du quatrième, viens boire un café quand tu veux." Elle avait étudié durant huit ans au lycée français, le Chateaubriand, de Rome.
Je n'ai jamais songé à compter le nombre de cafés que je traîne chez elle depuis. D'autant plus que leur saveur est celle d'une petite cuillère de miel, lorsque mon moral se trouve presque aussi noyé que les trottoirs romains, en raison des intempestives averses du printemps.