Japon, Japon partout dans les journaux et dans les esprits et compassions, Japon dans les éphémères et néanmoins sincères mobilisations et pensées.
Je ne compte pas revenir en détail sur les faits (séisme - tsunami ayant endommagé très fortement la centrale nucléaire de Fukushima, dont les quatre réacteurs enchaînent depuis samedi incendies et explosions et font craindre une catastrophe nucléaire).
Simplement quelques remarques personnelles.
Je ne compte pas revenir en détail sur les faits (séisme - tsunami ayant endommagé très fortement la centrale nucléaire de Fukushima, dont les quatre réacteurs enchaînent depuis samedi incendies et explosions et font craindre une catastrophe nucléaire).
Simplement quelques remarques personnelles.
Une question qui m'a particulièrement impressionnée est celle des kamikazes contraints à se laisser ronger par les radiations. Une cinquantaine, salariés de la centrale de Fukushima, à désespérément lutter pour éviter la fusion du cœur des réacteurs, à l'origine d'émanations radioactives très dangereuses pour les populations avoisinantes en injectant de l'eau de mer dans ces derniers. En dépit de leurs combinaisons, il s'agit indubitablement de sacrifiés, quand on sait qu'à Tchernobyl, plusieurs dizaines de ces individus, appelés à l'époque liquidateurs, étaient morts, pour certains quelques semaines à la suite.
Une autre question, le traitement de l'évènement par les médias. Les photographies, que je préfère ne pas insérer dans l'article, parce qu'étrangement, je suis lasse de ces grands formats qui exposent la catastrophe en galerie d'art, dans la presse ou sur Internet. Certes, elles sont impressionnantes. Mais à des instants, je me demande s'il n'y a pas une indécence à surprendre cette horreur, à la retranscrire sur du papier mauvaise qualité, à la transmettre au monde entier, avec, en bonus ces images d'une indéniable beauté esthétique. En quelle mesure est-il légitime de partir d'une tragédie pour créer de l'esthétique?
Dans l'évidente mesure où on quitte la simple logique de l'information pure pour se placer dans une logique de persuasion, dans une logique qui en appelle aux sensations et aux sentiments, qui favorise une identification entre soi et les victimes. Partout jaillit le parallèle entre la situation au Japon et une potentielle crise du même type en France. Parallèle exagéré sinon injustifié: certes, la gestion des risques, et, au-delà de cette gestion, le degré de risque que la société est prête à assumer pour jouir des fruits de l'innovation sont des questions fondamentales; en France, le risque sismique n'a cependant absolument rien à voir. Un tsunami suivi d'un tremblement de terre est encore plus improbable Alors certes, soulever le problème du nucléaire est pertinent, dans la mesure où l'idée de débat, l'idée de remise en cause, est saine (quasiment toujours. Voire identité nationale). Mais toute confiscation de la tragédie à des fins politiques, dans des sociétés où le problème et les facteurs de risque ne sont pas les mêmes, est, à mon humble avis, indécente.
Soit-il dit en passant, toute Une spectaculaire est longuement abordée au détriment des anciennes, qui ont perdu le sensationnel. Évidemment, me dira-t-on, la vie qui va. A grande vitesse. La rude loi des médias passe sous quasi-silence la Libye, il y a a moins d'une semaine grande gagnante au hit parade des horreurs; aujourd'hui en 6e page des journaux. Dommage, dans ce cas-ci, la pression médiatique aurait pu influencer le cours de la situation actuelle. On dirait que le monde est déjà passé à autre chose. Jeu de cartes. Et que dans quelques semaines, sinon moins, la centrale de Fukushima et les affres de Tokyo rejoindront, lentement, le musée des tragédies.
On y trouve, entre autres, Haïti et Sumatra.