mercredi 15 décembre 2010

Au tout début, je désirais profiter de cette courte période pour écrire sur Rome. En tout humilité, tant ceux qui s'en sont jusqu'à présent chargés l'ont fait avec ardeur. Avec la justesse de ceux qui se prennent la beauté de plein fouet, qui demeurent silencieux, devant ce colosse de pierre, à contempler. A se trouver petits, soupçonnant que l'indicible peut simplement s'écrire.


Tout cela, nous y reviendrons.


Je me trouve à présent à Bucarest, quatre semaines durant. Et j'ai bien envie de remettre Rome à plus tard pour vous parler de ce lieu qui m'a toujours semble hors du commun. Subjectivité de l'enfance? Peut-être, mais également fascination, devant ce qui arrive aux yeux de l'étranger comme un ensemble difficilement définissable. Ce qui est drôle, concernant les destinations peu touristiques, c'est l'absence de préjugés avec laquelle on s'y confronte. La première impression qu'on a de Bucarest dépend souvent de l'endroit d'où l'on arrive. De l'aéroport Otopeni,  situé à  une demi-heure de la capitale, on observe tout d'abord des étendues non cultivées (cultivables?!) qui se transforment en no man's land en hiver. Plus pres de Bucarest, des kilomètres de villas que lesdits nouveaux riches, grands gagnants de la privatisation post-Révolution et des magouilles qui s'en sont suivies, se font construire. Ensuite Bucarest. L'arrivée à Gare du Nord est plus folklorique, lorsque j'étais enfant et que je partais a la mer, j'avais l'impression d'être catapultée dans les années 1920; il y a des tas de trains, des panneaux d'affichage avec lesquels il faut se débrouiller, des guichets qui datent d'il y a trente ans, des contrôleurs insupportables, des wagons qui datent du siècle dernier (pour les trains dits "personal" c'est a dire ceux qui mettent douze heures a traverser le pays - en low cost, on serait deja en Asie...).


Parce que la beauté n'est peut être pas partout. Mais elle est. Elle est dans le mariage ciel d'hiver/ toit de l'Athénée, elle est dans cet apparent chaos d'individus qui viennent et vont et qui foisonnent, qui ne cherchent pas à être mais qui sont. Elle est dans cette église près du parc Cismigiu, aux murs cribles de balles d'il y a vingt-et-un ans. Ici, il y a des taximetristi qui portent des toques en fourrure, accrochent toujours une petite croix en bois au pare-brise. Ils sont souvent assez vieux et parlent, parlent du fils parti aux Amériques ou en Italie trainer Dieu sait ou pour faire Dieu sait quoi, de la fille de vingt-trois ans enceinte, disent leur dégoût de la politique, regrettent parfois 1989. Place de l'Université, c'est plein de photos de gamins de dix-neuf ans morts pour avoir joué à la manifestation le 21 décembre, pour avoir réussi cette Révolution qui était à peine la leur. Leurs parents, eux, regrettent 1989.

Oui, beauté est. Pleine d'amertume. 

Place de l'Université, décembre 2010



Je ne savais pas comment appeler mon blog. Le mot "lapovita" m'est venu en tete. En vérité, le 't' s'écrit avec une cédille dessous et se prononce 'tz'. Ca nous fait "lapovitza". En roumain, cela désigne un mélange de neige et d'eau, lorsqu'il ne fait pas assez froid pour que la neige tienne, et qu'au seul toucher de l'asphalte, elle finit en gouttes d'eau.


J'aime beaucoup ce mot.