mercredi 11 mai 2011

Fuggire

La salle d'attente de Ciampino, juste avant l'embarquement, je la connais un peu. C'était la même pour Bucarest, l'identique sensation d'excitation teintée d'angoisse que me filent souvent les aéroports. J'aime les flux, ça pousse à fixer les passages des gens, droite, gauche, tout droit, même si parfois regards perdus dans une fraction de seconde, tous munis d'une précise direction qui leur indique exactement ce qui adviendra durant les prochaines heures de leur journée.

Les livres. J'ai emporté la suite de Jean-Philippe Toussaint, "Fuggire" puis "La vérité sur Marie", trouvé en français cette fois. Je lui envie tout ce en quoi son écriture ressemble à une oeuvre d'art contemporain. Des lignes de lettres tellement visuelles que je verrais bien les images évoquées prendre concrètement forme, puis se trouver projetées sur un mur blanc, par exemple à Beaubourg. J'ai brièvement connu  (au sens propre et figuré) Jean-Philippe Toussaint à l'occasion d'une soirée lecture-projections de la Villa Médicis, à l'effet de laquelle il collaborait avec Ange Leccia. Les deux types de travail artistique alternaient: mots puis images. Cela parlait de Marie, à tort et à travers, Marie devinée à travers ses portraits, dans les romans de Toussaint, Marie que j'essaie de suivre à travers ces pages depuis des jours, à propos de laquelle je ne sais pas grand chose, sinon qu'elle marche en Tokyo enneigée de nuit, en robe bleue de collection. Ange Leccia alternait avec des figures de femme, de l'eau, un visage clair et blond qui vogue sur une rivière. Plus tard des traits immergés dans la flaque d'une salle de bain: elle a des cheveux bruns, est belle comme rend une réalisation cinématographique, mais pourtant ce n'est pas Marie car Marie ne peut être qu'imaginaire. 

Si je pouvais me choisir une écriture, je la voudrais doucement lancinante, comme le décollage d'un avion.