Acteur/ actrice (de drames français pour 18-35 ans, qui remplissent le Danton et l'UGC d'Odéon en moins de deux: le Parisien sort rive gauche ou ne sort pas). Individu à qui l'humanité entière répète depuis des siècles qu'il a quelque chose. Ca a dû commencer dans l'utérus: poupidou, je sens que tu seras particulier, toi. Maternelle 6e arrondissement: ô qu'il est chou, regarde il a quelque chose. Adolescence ratée, crise répétée, la cuillère d'argent dans la bouche est difficile à avaler. Tournant artistique pris, on pourra rabâcher la névrose des quinze ans (difficultés d'orientation sexuelle, tendance à l'infidélité, tendance à la dépression, penchant égocentrique) pendant dix encore dans des longs métrages gris, qui se passent en hiver, ou lorsqu'il "pleut sur le génie / de la place de la Bastille", dans lesquels les jeunes d'aujourd'hui (traduire ceux qui fréquentent le Danton UGC d'Odéon, à Paris, dont moi la première) se reconnaîtront. Et, en attendant, pénétrer dans une salle pleine de spectateurs, avec la certitude, confirmée à postériori par leurs regards braqués, d'avoir quelque chose.
Chocolat= nom qui se décline sous la forme de la boîte de fondente qui traîne sur le bureau de sa chef (et qui se vide progressivement lorsqu'on occupe son bureau, en son absence), ou sous la forme des petits trucs délicieux qu'on avale sans trop réfléchir, au détriment d'une silhouette bientôt inexistante.
Exposition: manifestation artistique que je me garderai bien de définir.
Michel Piccoli = la salle de cinéma de la Villa Médicis, qui en voit des belles. Cette semaine c'était le festival du film français à Rome, on y a eu droit à La Lisière, brillante idée qui m'a filé d'affreux cauchemars une nuit entière. Victime d'un complot découvert par un étrange monsieur chauve, je cachais dans ma chambre (de Rome) des billets roses, lettres interdites, susceptibles de justifier mon assassinat prochain par une bande de jeunes louches qui allaient me flinguer si jamais j'osais me lever du lit (ou mon lit était intégré dans le rêve. Ce qui est terrible dans ce type de situations, c'est que tu as beau te réveiller huit fois dans la nuit, tu n'es QUE dans le lit, donc tu te demandes si tu vas mourir si tu te lèves. En méconnaissance de cause, tu te niches sous la couette, moitié somnolent moitié désespéré moitié tétanisé, et tu te rendors). Après il y a eu Au fond des bois (avoir vingt ans en 1865, être Isild le Besco, se faire enlever, mentalement posséder puis violer par un gnome noir qui t'embarque dans la forêt) Pour le coup j'ai eu peur que mon inconscient me condamne en rêve à un truc burlesque, genre me retrouver catapultée dans Wuthering Heights et désespérément fuir Laurence Olivier (dans ce cas enfin, pas grande raison de fuir) ou à un truc ultra-glauque genre un monstre des bois sale et dégueulasse qui fait peur à une bande de jeunes qui cherchent à m'assassiner parce que je cache des petits papiers rose. Avant certains films, mieux vaut s'anesthésier avec un verre de whisky. Ca favorise les moments d'absence.
Michi = ma super-chef qui m'offre des bacio en début de programme et qui m'aura filé beaucoup de tendresse ces quatre derniers mois. Dédicace spéciale (MICHI JE T'AIME).
Pensionnaires = OH LA LA.
Pincio (la vue du) = toiser avec humilité une carte postale.
Robi (Roberta) = Dédicace spéciale bis (ROBI TI VOGLIO BENE)
Statues = objets constants et imperturbables qui semblent régner depuis des siècles dans la cafétéria et observent au quotidien des scènes assez folkloriques.
Tiramisù = le truc délicieux sur lequel tout le monde se jette délicatement à la fin d'un cocktail ou d'un dîner. Raison amplement suffisante pour délaisser ses compagnons de bavardage avec qui on venait juste d'entamer une conversation sur la météo.
Trinità dei Monti: rue pavée. La traverser relève du kamikazisme, parce que, très souvent, les Vespas se prennent pour des raquettes, et moi, je prends mes jambes à mon cou.
Vernissage = évènement sociologiquement intéressant. Membres d'une foule présents pour se scruter en profitent pour se cultiver un peu.
Je n'aime pas les préambules, et cette fois cela ressemblait à un préambule de grand départ. Progressivement cela se profile, on songe moins aux souvenirs et plus au temps qui reste, cherchant à l'employer à bon escient. Moi j'aimerais avoir le courage de faire des listes, tout ce que j'ai encore à faire ici. Parfois je marche à Monti, le quartier bobo romain par excellence, et me dis qu'un jour, quand je serai grande, j'aurai un appartement là-haut et la vie ira d'elle-même, un peu les mêmes paroles que je me murmure près de l'Athénée, au centre de Bucarest, lorsque je m'y trouve. Un jour. La vie ira d'elle-même.
J'ai fini mon stage vendredi dernier. Cet après-midi je suis passée, et j'ai rangé mon bazar. Des livres qui traînaient partout sur le bureau, des feuilles, des post-it avec des numéros de téléphone marqués dessus, des dessins superposés, petites choses inutiles, des cartons de présentation, telle présentation de livre, tel concert, déjà passés. Les expos qui s'enchaînent. Les soirées qui se profilent, souvenir des interrogations du graphiste à propos de la mise en page, les catalogues. J'ai chipé quelques-uns de ces flyers, juste pour le souvenir. Je les enfermerai dans quatre mois dans un tiroir auquel, et je tâcherai de ne plus y penser lorsque je serai rentrée à Paris.
Seuls comptent les gens, les instants de vie. Traverser la Villa Borghese à pas pressé, neuf heures quarante-cinq, déjà un quart d'heure de retard, arrivée fébrile, rien de grave au final, l'important c'est prendre un peu de ce soleil, prendre un peu de ces fous rires, de la vie qui grouille, qui existe, s'engueule, la vie qui est. Seuls comptent les gens, Villa Médicis ou non. Le reste ce sont des pierres.
Au final on réalise qu'une expérience a compté, en dépit des contraintes qu'elle imposait, lorsqu'à l'instant d'en sortir, au lieu de se sentir un peu plus libre on se sent un peu plus vide.